Darline Honoré

A defaut d’orgasme de Darline Honoré

Cher Charles,

Ne te donne pas de mal pour savoir comment j’ai pu me procurer de quoi t’écrire cette lettre ; après un mois dans ce trou, j’ai fini par m’habituer aux moult façons de bénéficier des bonnes grâces de ceux qui font la loi dans la place. Charles, un mois seulement et tu t’en es déjà lassé ; seulement un mois et je ne peux déjà plus compter sur toi. Et dire qu’il était déjà difficile de se trouver un coin tranquille quand tu venais, maintenant que tu ne viens plus, souffre que mes lignes déposées avec fragilité sur cette feuille aux pages racornies soient le cri de ce vide que tu as laissé en moi depuis plusieurs semaines.

Charles, je ne doute pas que tu doutes de mon innocence. Rien qu’à voir le regard méprisant que tu m’avais lancé en venant ici après avoir reçu mon appel, le seul auquel j’avais droit, j’avais vite compris que pour toi, le verdict était déjà prononcé. Chéri, la seule chose dont je suis coupable, c’est de t’aimer de toutes mes forces ; Charles, le seul crime pour lequel je mériterais qu’on me punisse, c’est d’avoir voulu que tu sois à moi, rien qu’à moi ; et Doudou, s’il y a une chose que tu puisses me reprocher, c’est d’avoir voulu veiller au grain.

Chéri, comment voulais-tu que je réagisse quand moi, ta femme, tu ne me touchais plus et que je tombais sur des sextos sur ton portable ? Comment voulais-tu que je n’entre pas dans une furie quand j’avais découvert qu’elle et toi aviez un beau garçon de 3 ans alors que depuis plus de cinq de mariage tu clamais haut et fort ne pas vouloir d’enfant ? Quelle autre attitude voulais-tu que j’adopte quand dans ta galerie d’images, il y avait plein de photos de ta famille, cette famille que tu avais construite avec elle, en voyage, alors que si je te proposais qu’on sorte ensemble, tu rejetais l’idée d’un revers de main ?

Charles, chéri, je n’avais pas voulu ce qui est arrivé ; je voulais juste l’effrayer un peu. Les choses se sont déroulées à une telle vitesse que je n’avais pas réalisé ce qui se passait. Le cliquetis des menottes à mon poignet, la brutalité des policiers pour me contraindre à monter leur pick-up délabré, la route rocailleuse menant au commissariat, tout ça, je m’en étais rendu compte qu’une fois enfermée dans cette cellule crasseuse avec quatre autres femmes qui me fixaient telle une proie dont elles allaient bientôt s’emparer.

Les premiers jours de mon séjour ici, j’étais contente de te voir, chaque jour, à la même heure. Je te voyais rarement quand j’étais à la maison… alors que là, tu ne ratais jamais les heures de visite. Quoique je me demandais comment tu pouvais avoir l’air aussi détendu pendant que j’étais enfermée entre quatre murs.

Et maintenant, rien. Déjà cinq semaines depuis que je n’avais pas de tes nouvelles. À présent, ton parfum ne vaut pas mieux que l’odeur âcre de l’urine de ces dames. Charles, que se passe-t-il ? « Pas de nouvelles, bonnes nouvelles. » Ce n’est pas un crédo pour les cœurs aussi fragiles que le mien.

Manifeste-toi, s’il te plaît. J’espère que cette lettre te sera parvenue. Qu’importent les moyens ; que ce soit par un corbeau errant ou en s’agrippant aux ailes du vent.

P. S. : Au passage, souhaite bon rétablissement de ma part à Nathalie. Dis-lui que je n’avais pas agi à dessein. J’espère que je n’y suis quand même pas allée trop fort…

Ta chère femme, Horlane.

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