Le cercle de feu se rétrécit rapidement autour d’elle : de rouges aspics s’allongent déjà sur sa tête. Il reste à peine le temps de la sauver.
Le Colon dormait dans la maison solitaire.
Dès que les deux frères eurent atteint le balcon, ils tirèrent de leurs makoutes des briquets, firent du feu et allumèrent leurs torches. L’un d’eux s’arrêta et attendit ; l’autre approcha du plafond le brandon enflammé.
À ce contact, l’élément destructeur vole, s’élance, pénètre partout où se présentent des aliments à sa furie. La flamme perce le toit et circule comme une lave au milieu des tuiles. Ses progrès sont rapides, effroyables : au cri sinistre qui l’annonce, un cri plus sinistre répond de l’autre côté du bâtiment.
Ces cris, le grondement de l’incendie, le fracas des tuiles brisées dans leur chute, tous ces bruits retentissants ont enfin réveillé le Colon, qui, à demi vêtu, entrouvre sa porte et avance timidement la tête. Soudain siffle et brille une manchette tranchante dont le coup mal dirigé effleure son visage. Il n’a que le temps de tirer à lui le contrevent profondément entamé.
« Ici, mon frère ! » hurle aussitôt Rémus qui s’était rué sur la porte avec la violence d’un boulet.
Romulus accourt ; ils font voler en pièces la serrure et les pentures de fer ; et les voilà dans la maison comme des insensés, courant, criant, jurant et brisant les meubles sur leur passage.
Ils perdent tout leur temps en imprécations, en agitations vaines ; leurs recherches ne sont qu’un long désordre à la faveur duquel le Colon a pu descendre dans sa cave et se dérober à leur fureur.
Cependant la charpente craquait, les poutres se détachaient avec fracas et avertissaient de quitter l’édifice embrasé. Les deux frères, se calmant alors, regrettèrent d’avoir laissé échapper une si favorable occasion de vengeance.
Tuer de leurs mains leur ennemi et le sentir mourir eût été pour eux presque une volupté. L’ensevelir sous les ruines fumantes de son palais n’était qu’une satisfaction incomplète, dont ils durent néanmoins accueillir l’espoir, puisque c’était le seul qui leur restât.
Tout à coup une voix lamentable s’élève des flammes, une plainte lugubre traverse les régions de l’air et parvient aux deux frères qui, la prenant pour un cri d’angoisse du Colon expirant, y répondent par un rire cruel.
Pendant qu’ils se réjouissaient, un second cri plus douloureux se fait entendre. Ils prêtent attention, ils distinguent au milieu des flammes une forme humaine : ce n’est pas un homme, c’est une femme échevelée, éperdue, qui se débat dans l’horreur et le désespoir d’une mort certaine.
Le cercle de feu se rétrécit rapidement autour d’elle : de rouges aspics s’allongent déjà sur sa tête. Il reste à peine le temps de la sauver.
Romulus et Rémus, emportés par leurs bons instincts, s’élancent à l’étage supérieur et vont disputer héroïquement la victime au trépas qui s’avance.
Ils luttent quelques instants sans succès : les flammes opposent un obstacle invincible à leur passage. Un dernier cri les transporte au-delà du rempart de feu, et ils enlèvent dans leurs bras une jeune fille presque sans vie.
Les difficultés sont telles au retour, qu’ils sont sur le point d’abandonner leur précieux fardeau pour être en mesure de se sauver eux-mêmes. Cependant le danger est moins grand que leur courage : ils en triomphent par un suprême effort, et déposent sur l’herbe, à quelque distance de la maison, à moitié consumée, la jeune fille évanouie.
[…]
La jeune fille sauvée des flammes – il importe qu’on le sache dès à présent – passait à tort dans le pays pour être l’enfant du Colon.
Depuis son arrivée à Saint-Domingue, son prétendu père l’avait tenue recluse dans cette partie de la maison, en apparence inhabitée. Les hôtes du Colon n’avaient jamais été admis à lui parler. Ils l’avaient constamment vu seul.
Pourquoi ?
C’est ce que l’inconnue nous dira elle-même.
Qui est réellement cette jeune fille sauvée des flammes ? Pourquoi le Colon la tenait-il cachée ? Et quel secret lie son destin à celui de Romulus et Rémus ? Le mystère ne fait que commencer.
Découvrez Stella d’Émeric Bergeaud et laissez-vous emporter par son histoire : https://libreridekouvri.com/produit/stella-emeric-bergeaud/
En savoir plus sur Libreri Dekouvri
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

