Il y a une chose qui m’est familière depuis l’éternité, qui vient chambouler mon quotidien quand bon lui semble, qui martèle mon âme de ses puissants doigts, tel le tambour d’un lakou. Je n’ai pas pu la nommer, peut-être avais-je peur ? Elle vient avec son cortège de cris, de désespoir, de dépression, de représailles et d’autres tumultes qu’elle seule connaît. L’un d’eux attire particulièrement mes pensées sombres et funestes : la mort… Elle survient comme par magie, tel un firmament dans un ciel de nuit étoilée. Elle ne vient pas pour emporter les damnés et les miséreux, mais elle est là, à sa place, immobile. Un seul regard suffit pour vous inciter à la rejoindre.
Et chaque goutte de journée est une lutte guerrière pour survivre malgré tout.
Ce regard, je l’ai sur moi en ce moment même. La douleur, cette chose si familière, imprègne mon antre et dévore mes ancrages. La mort, elle, me guette, me faisant signe de la rejoindre par-dessus le rivage d’une lune matinale.
Moi, je ne sais que faire. Face à elle, je reste suspendue au bord du dilemme : partir ou rester ? Si je reste, je sais que je continuerai à être cette petite chose qu’on devait surveiller et non protéger, qu’on devait corriger et non comprendre, qu’on devait accepter et non aimer. Si je pars, le monde sera sans doute débarrassé d’une grisaille.
La bête qui m’a un jour nourri, éduqué et logé a fini par manger mon âme. Loin des regards indiscrets, je devenais sa proie. Ne voulant pas devenir la mascotte de son infime volonté, je suis définitivement devenue sa gêne.
Dieu tout-puissant, du haut des cieux, m’entendez-vous ? Portez-vous encore votre regard sur moi ?
Si votre écoute m’est acquise, je me tiens prête à lever l’ancre vers votre rivage. Ne faisant pas profession de lâcheté, je ne saurais me résoudre à franchir le pas dans la solitude : une main tendue serait la bienvenue.
À vos côtés, je sais que se trouve mon véritable refuge. Je ne veux plus que la bête m’assène son ultime venin, ni qu’elle m’offre à nouveau en pâture à ses loups, affamés de ma chair, de mon orgueil et de mes victoires. Toutes ces parcelles de moi-même, j’irai les déposer au creux de vos mains lorsque la barque aura atteint la cité éternelle.
Josemel
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